Urbanité Zoorgasmique – Bruno Sedan & Benjamin Marianne
- Bruno Sedan.
"Babel Zone"
Encre et gouache sur papier, 100 x 70 cm, 2010
- Benjamin Marianne.
"Hell Vessies",
Terre auto durcissante, plâtre et résine peinte.
- Benjamin Marianne.
"Kusamamelles",
Plâtre et résine peinte, 2010
- Benjamin Marianne.
"Méchoui",
Polystyrène extrudé, métal, 2010
- Benjamin Marianne.
Sans titre,
Encre et gouache sur papier,
100 x 70 cm,
2010
- Bruno Sedan
Sans titre
Encre sur papier
62 x 85 cm
2009
- Bruno Sedan.
Sans titre (série chinoiserie),
Encre sur papier,
35 x 45 cm,
2009
- Bruno Sedan.
Sans titre (série chinoiserie),
Encre sur papier,
45 x 35 cm,
2009
- Bruno Sedan.
"Panthéon",
Plâtre, bois, argile, peinture acrylique, hauteur 45 cm,
2010
- Bruno Sedan.
"Arc",
Plâtre, bois, argile, peinture acrylique, hauteur 45 cm,
2010
- au premier plan:
Benjamin Marianne
Coclitot
Plâtre, résine et terre auto durcissante peinte, bois, 2010
- vue d'ensemble
- Bruno Sedan.
"Fake Möbius circle ",
Encre et gouache sur papier, 100 x 70 cm, 2010
- Bruno Sedan.
Sans titre, encre sur papier, 70 x 50 cm, 2009
- Bruno Sedan.
Sans titre, encre sur papier, 70 x 50 cm, 2009
- Bruno Sedan.
"Tornado",
pvc et bois, peinture acrylique, hauteur 90 cm, 2010
- vue d'ensemble
- Au premier plan: Benjamin Marianne.
"Aquaglandum",
Plâtre, résine, terre auto durcissante peinte, 2010
- en haut:
Bruno Sedan
Sans titre
Encre sur papier
2009
en bas:
Benjamin Marianne
Hell Vessie
Terre auto durcissante, plâtre et résine peinte.
- Benjamin Marianne.
"Kusamamelles",
Plâtre et résine peinte, 2010
Bruno Sedan.
"Bibendum Sticks",
Bois, terre auto durcissante, cire, corde, 2010
- Bruno Sedan.
Sans titre (série chinoiserie)
Encre sur papier
2009
43 rue Dragon délire
« – Quoi ?
- Tu as un peu l’air de visionner, mec. » (Jo Nesbø, Le sauveur – Une enquête de l’inspecteur Harry Hole, 2005)
«L’inconnu me dévore.» (Thomas Dobrée, 1810-1895, collectionneur d’art à l’origine du palais-musée Dobrée à Nantes)
« Si j’aperçois quelque part un homme dont l’esprit repose dans la sagesse, je tombe dessus, et je l’étrangle. » (Gustave Flaubert, La tentation de saint Antoine, 1874)
Deuxième invitation dans la nouvelle condition de la galerie Bonneau-Samames qui inscrit l’unité d’exposition dans une manière d’habiter, un décloisonnement où le domaine des vivants se mêle à celui de l’art dans un cadre à l’échelle humaine. L’art contemporain est ainsi un lieu où rester. « Coups de coeur » à partager sur rendez-vous.
Le rendez-vous est donné cette fois à deux jeunes artistes, Benjamin Marianne et Bruno Sedan, avec la promesse de nous perdre dans la translation de leurs mondes inventés, là où les frontières s’estompent dans le mélange des genres.
Le salon devient un espace de dialogue entre deux types de chimères urbaines qui jouent sur des mythologies de l’architecture. L’architecture y prend place comme art populaire (il y est question d’architectures et non pas de l’Architecture), à travers des éléments de visions où elle frappe l’imagination car elle est « frappée » par l’imagination. Les figures architecturales représentées ne s’inscrivent pas dans un idéal éthique, social, technique ou historique, elles élaborent un terrain d’exploration sur le plan épique d’une imagerie du bâti et les possibles histoires de « villes médiumniques » à révéler. L’absence d’humanité représentée confirme cette impression que quelque chose d’indicible s’y cache, comme si ces ailleurs n’appartenaient à personne en particulier.
Benjamin Marianne assemble depuis plusieurs années les éléments de son Idiotopie, une cosmologie propre qui réactive le foisonnement germinatif d’un panthéisme débridé, mélange des genres et des règnes, ivresse d’un «souk érotisé» (Julien Gracq) peuplé de créatures aberrantes et vénéneuses. Pièce après pièce se matérialise également un « exopays » en voie de développement qui reproduit les structures du nôtre sous une forme grotesque pour en faire résonner le plus lointain et le plus enfoui. Les sculptures et dessins installés dans le salon meublé préfigurent autant de modèles-réduits et documents-guides au lexique tératologique d’une hybris démiurge et architecturale. Ils brassent et dissolvent dans une urbanité larvaire, avec une conviction anarchiste et hallucinatoire, des images de toutes natures aux formes biomorphiques, hydre phallique, seins d’argile, cocons foetaux… Un principe de transmutation naturel/culturel.
La seule frontière à briser est l’imagination.
Le monde de constructions de Bruno Sedan semble à priori moins fantasmé mais tout aussi inconcevable et merveilleusement bricolé. Il s’y dessine autre chose. A l’inverse d’une contamination du réel par l’imaginaire, on a affaire à des fragments de mégalopoles inconnues qui se laissent contaminées par les apparences des nôtres, des «folies» composites, des circulations labyrinthiques et des panoramas transgéniques. Les sculptures échafaudent une charpente dans la fracture qui « fait désordre », de singulières maquettes de l’état projeté (littéralement) des habitats et des monuments, structures spatiales d’une topologie hypermobile où des pièces de l’iconographie traditionnelle et de la morphologie familière de l’architecture se « pluggent », se
greffent comme autant d’ornements hybrides. Les dessins « babyloniens » font écho à ce discours polyphonique et réticulaire où se croisent systèmes détournés et rébus graphiques, géographie fabriquée et folklores syncrétiques, dépouilles contemporaines et modèles anciens, connexions fluctuantes et affinités occultes.
« Vous êtes ici », dans toutes les directions.
La cuisine de la galerie s’engage comme pièce secondaire d’exposition sur la voie du raccordement et de la désorientation. Domaine intimiste et évolutif qui se veut à la fois espace nucléaire et Pays de Cocagne. Métaphore de mondes enchanteurs ou infernaux, elle se laisse envahir par les oeuvres polymorphes des deux artistes. Une autre nature d’agglomération s’ébauche : le charme d’un chez-soi grotesque, la fusion des espaces et des espèces, la prolifération insolente des hybrides, la digestion des formes. On y croise les personnages-golems de Bruno Sedan dont le corps est la chair de la sculpture, chinoiseries bizarres où « mi-âme mi-homme » résonne cruellement comme miam-miam. Chez Benjamin Marianne, la cuisine alimente la pratique de la sculpture qui se nourrit de ses formes et de ses mises en scène. Il faut donner l’oeil à la bouche, avoir les yeux plus gros que le ventre et consommer sans modération.
Luc Jeand’heur, novembre 2010.























