le bon voisin

« Quiconque a connu les longues heures de vagabondage entre les livres, quand le moindre fragment, le moindre code, la moindre initiale semble ouvrir une voie nouvelle, aussitôt perdue dès que se présente une nouvelle rencontre, ou quiconque a éprouvé le caractère illusoire et labyrinthique de cette “ loi du bon voisinage ” sous l’autorité de laquelle Warburg avait placé sa bibliothèque, sait que l’étude non seulement ne peut pas avoir de fin, mais qu’elle ne désire pas en avoir ».

Giorgio Agamben, « Idée de l’étude », Idée de la prose, Christian Bourgois, 1988

Aby Moritz Warburg (1866 à Hambourg, Allemagne – 1929) est un historien de l’art. Son travail a servi à jeter les bases de l’iconographie (description et interprétation d’œuvres appartenant aux arts visuels ou ensemble des représentations d’un même sujet).

Il laisse derrière lui un héritage important, malgré la modestie de ses publications (dont l’atlas inachevé intitulé Mnémosyne, ndlr), ainsi qu’une vaste bibliothèque qu’il constitua tout au long de sa vie comprenant 80 000 ouvrages et située en 2006 à l’Institut Warburg à Londres.

Source : http://fr.wikipedia.org

La bibliothèque :

Aby Warburg, convaincu de la prégnance dans le temps présent de la mémoire du passé, pense le rangement des livres sur les étagères de sa bibliothèque suivant un axe de pertinence : « la signification de l’Antiquité pour les hommes de la première Renaissance ». Ainsi les livres ne sont pas seulement récupérés, mais rangés en fonction de cet axe de pertinence. Les livres sont classés par Warburg suivant un ordre précis répondant à « la loi du bon voisinage » (le livre voisin de celui que l’on cherche est peut-être finalement plus instructif pour notre recherche que le précédent !). Cette loi particulière propre à Warburg est la “clé” concourant à la construction de son objet de connaissance, ce qui fait dire à plusieurs que cette bibliothèque représente une somme de questions ou de problèmes.

Source : http://www.cecri.ca

L’atlas Mnémosyne :

Il avait l’ambition de mettre au point une histoire de l’art sans texte, uniquement en images, la compréhension de l’histoire découlant des rapprochements, recoupements, écarts, rendus possibles par l’association de ces mêmes images. À la fin de sa vie, il travaille à l’Atlas Mnemosyne, dans lequel on peut voir un ensemble de planches, où sont juxtaposées des reproductions photographiques d’œuvres ou d’éléments architecturaux, des publicités, des factures qui sont autant de prélèvements du passé. Ces collages montages mettent face à face et dans la simultanéité des éléments qui au départ semblent historiquement se succéder. Philippe Alain Michaud (1) considère l’Atlas Mnemosyne comme un dispositif cinématographique, il assimile les reproductions des œuvres à des photogrammes, et voit dans l’intervalle noir qui les sépare un moyen de créer une dynamique de lecture, de produire un enchaînement filmique. Le collage et montage de cet atlas, le fait de manipuler les images physiquement s’apparente à la démarche du monteur de cinéma. Sans la possibilité de reproduire les œuvres, de les transposer sous un format unique et manipulable, l’atlas aurait difficilement existé. La photographie en rendant possible la représentation des œuvres a permis le travail de montage, la manipulation par le collage manuel (papier colle ciseau) des figures, des époques, des concepts

1. Philippe Alain Michaud, Aby warburg et l’image en mouvement, Macula, Paris, 1998

Source : Le séminaire Pratique de l’image, septembre 19th, 2007 by Caroline Bernard


“L’atlas Mnémosyne se présentera plutôt comme un outil destiné à maintenir les intrications, donc à faire percevoir les surdéterminations à l’oeuvre dans l’histoire des images : il permet de comparer d’un seul coup d’oeil, sur une même planche, non pas deux, mais dix, vingt ou trente images.”

Georges Didi-Huberman, L’image survivante, Histoire de l’art et temps des fantômes selon Aby Warburg, Paris, Minuit, 2002, p.457.


Ce concept transposé à une exposition de groupe suggère l’objet Exposition comme objet de connaissance (ou d’étude) et l’oeuvre comme outils.

Il faut alors envisager le tout (la somme des différentes œuvres) comme une encyclopédie ou une bibliothèque à classer selon les critères du « bon voisinage » propre à Warburg.

Ainsi, par une légère pirouette, la clé vers la « cohérence » de l’ensemble n’est pas à chercher dans la pièce de tel ou tel artiste mais toujours dans celle de l’artiste voisin…